Le temple égyptien, sa structure et sa (...)

Rubrique : Géopolitique et Culture

Par Richard Beaud, Dominicain, égyptologue. Professeur de philosophie.

Je vais vous parler ce soir de la structure et de la théologie du temple égyptien. Il y a, parmi vous, certainement quelques personnes qui ont eu l’occasion de voyager en Egypte et d’admirer les monuments que nous a livrés la vieille civilisation de ce pays. Mon but est de vous montrer le lien qu’il y a entre les mythes porteurs de la pensée égyptienne et leur expression dans la structure du temple et les liturgies qui y étaient célébrées quotidiennement et, avec plus de solennité, les jours de fête. Il reste des monuments datant de l’Ancien Empire (2780-2530) : les fameuses pyramides, celle de Djoser à Saqqara et les trois pyramides de la quatrième dynastie à Gizeh (Chéops, Chéphren et Mykérinos) ; d’autres monuments datant du Moyen Empire (2060-1580) : des tombes de grands personnages et d’innombrables stèles ; d’autres monuments datant du Nouvel Empire (1580-1090) : temples et tombes royales ; puis les grands temples de l’époque gréco-romaine : Dendara, Edfou, Philae, Kom-Ombo. Nous allons choisir quelques temples dans lesquels nous allons entrer afin d’essayer de comprendre quelque chose de la pensée des anciens égyptiens qui, comme nous, s’interrogent sur le sens de l’existence. Ils ont élaboré une pensée philosophique, théologique, sociale. Le roi, pour eux, est fils de dieu, de la lignée d’Horus le fils d’Osiris. Le but des liturgies célébrées dans les temples vise la cohésion du monde car sans ordre la vie n’est pas possible. La fonction principale du roi consiste précisément à maintenir cet ordre établi par le dieu lors de l’acte de création que les égyptiens appellent « lors de la première fois ». Il le fait par l’établissement de la justice, par une lutte incessante contre les ennemis extérieurs qui viennent troubler cet ordre et par l’acte cultuel qu’il célèbre dans le temple quotidiennement, étant représenté pour cette fonction par un sacerdoce qu’il nomme à ce poste. On peut résumer cela en disant que le roi est responsable de la « perdurance » de « Maât » (mot exprimant l’ordre cosmique, la justice, la vérité, l’équilibre) établie à l’origine par le dieu lorsqu’il a fait surgir la terre initiale à la surface du « Noun », cette vaste étendue d’eau sur laquelle il n’y avait pas de vie. Il y a, dans l’Egypte Ancienne, de nombreux mythes de création. Tous trouvent leurs représentations sur les tableaux d’offrande des temples. Ces mythes trouvent leurs origines à l’époque préhistorique, ils se sont maintenus, compliqués et enrichis à travers toutes les époques jusqu’à la période gréco-romaine. Il est important, pour nous aujourd’hui, d’essayer de comprendre ce qui est dit par ces mythes dont les récits nous sont transmis par les textes inscrits en hiéroglyphes sur les murs des temples et par les très nombreux papyri qui ont été conservés, car ils nous mettent devant le questionnement de la conscience humaine qui essaie de se donner une réponse à la question éternelle du sens de son identité, à la question d’où nous venons et où nous allons. Les anciens égyptiens, comme nous aujourd’hui se posaient la question de ce qui fait que l’homme est homme. Cette question fut reprise par les grecs ; elle constitue le cœur du questionnement philosophique.

Entrons, après cette introduction, dans quelques-uns de ces temples. Commençons par dire qu’il y a deux sortes de temples dans l’Egypte Ancienne. D’une part les temples funéraires mais que les égyptiens appellent « temples de millions d’années » et d’autre part, les temples divins.

Je commence par les temples de « millions d’années ». En regardant la grande pyramide de Chéops (IVème dynastie), vous pouvez vous rendre compte que le complexe funéraire de l’ancien empire ne consiste pas uniquement en la pyramide qui est le tombeau du pharaon. Il est nécessaire, pour comprendre le sens de l’ensemble funéraire de connaître les éléments essentiels qui le composent. Ceux-ci sont au nombre de quatre : le temple de la vallée, la chaussée d’accès, le temple haut et la pyramide elle-même. Reprenons chacun de ces éléments. D’abord le temple de la vallée. On le voit très bien au bas de la pyramide de Chéphren. C’est lui qui, à l’époque ancienne, était situé près d’un bras du Nil. Sa fonction était d’accueillir la momie du roi avant qu’elle ne monte dans sa pyramide. Vaste salle soutenue par d’énormes colonnes de granit. Il est certain que des rites devaient être célébrés à l’arrivée de la momie royale, mais on en ignore le contenu. Le deuxième élément du complexe funéraire est la chaussée d’accès. On peut la voir entre le temple bas et le temple haut accolé à la pyramide de Chéphren. Mais dans l’antiquité, cette chaussée d’accès était recouverte d’un toit. La sagacité des archéologues a permis d’en retrouver, pour plusieurs pyramides, quelques éléments. On a pu comprendre ainsi que le plafond de cette chaussée d’accès, qui formait un grand couloir jusqu’à la pyramide, était peint de manière à donner l’impression d’une voute céleste étoilée. Les étoiles étaient de couleur jaune ou or et le plafond était de couleur bleue. Ceci est très important, car il y a là une allusion au mythe ancien. Le roi mort, va rejoindre son père le soleil sur ses barques, celle du, jour et celle de la nuit, en compagnie duquel il continue de régner sur l’Egypte. Le troisième élément du complexe funéraire royal est le temple haut. Celui-ci se trouve accolé à la pyramide. Il était composé de salles diverses dans lesquelles était déposé le matériel qui servait au culte quotidien. La salle la plus importante était celle dans laquelle le culte royal était célébré. Il s’agit de ceci : dans l’au-delà, le roi vit en compagnie des dieux et surtout du soleil. Or pour vivre le roi a besoin de manger. Le but du culte consiste à lui offrir des offrandes qui lui permettront de vivre : pain, viande, fruits, eau, bière, vin…Le roi en prend la partie spirituelle, tandis que la partie matérielle de ces mets est distribuée aux prêtres délégués au service quotidien. Ce détail est très révélateur du sens de la religion égyptienne. Elle n’est pas d’abord le lieu de l’expression de la piété. Elle est surtout une organisation sociale au service et justifiant une organisation politique. La théologie qui s’en dégage est donc en même temps l’expression d’un système politique. Le quatrième élément du complexe funéraire est la pyramide elle-même. Elle constitue le tombeau proprement dit auquel, à la quatrième dynastie, on accède par un ensemble de couloirs. A partir de la cinquième dynastie les parois intérieures du tombeau seront recouvertes des textes dits des pyramides ; ce sont des ensembles de textes prophylactiques, des hymnes, des formules diverses destinées à la protection du roi dans l’au-delà, car de même que c’est le cas dans cette vie-ci, l’au-delà est dangereux ; des animaux maléfiques ou des maladies peuvent s’attaquer au roi. Pour s’en protéger, il disposera, grâce à ces textes des bonnes formules qu’il va pouvoir lire. Cela montre, une fois de plus, que l’au-delà égyptien est très différent de la conception que s’en fait le christianisme. Tel est le sens du complexe funéraire royal à l’ancien empire et en particulier celui du temple accolé à la pyramide. Il est le lieu à partir duquel, du fait du culte célébré quotidiennement, le roi va pouvoir vivre dans l’au-delà.

Faisons maintenant un grand saut jusqu’à Thèbes ouest et montons sur la montagne qui surplombe la vallée des rois où se trouvent les tombes des rois du nouvel empire, où se trouvent les Thoutmosis, les Aménophis, les Ramsès, Toutankhamon … Et regardons vers la ville de Karnak ! Orientez votre regard vers le temple de Ramsès III sur la rive ouest du temple. C’est un temple de millions d’années. A cette époque la disposition des éléments que nous avons trouvés à l’ancien empire, où ils étaient rassemblés, se trouvent séparés les uns des autres. La tombe du roi se trouve dans la vallée des rois. La montagne pointue qui surplombe la vallée tient lieu de pyramide dans laquelle sont creusées les tombes royales et le temple de millions d’années se trouve dans la vallée du côté ouest, entre le Nil et la chaine de montagne. Ce temple est très intéressant ; en voici quelques éléments. Son sens rejoint celui dont nous avons parlé de Chéphren. Mais il est plus élaboré, car nous sommes au nouvel empire, à la XXème dynastie. Nous y voyons d’abord, en allant de l’extérieur vers l’intérieur, un mur de briques crues. Ce mur délimite le domaine profane du domaine religieux. Car le temple est censé être construit sur la bute primitive, c’est-à-dire sur la terre qui est apparue, lors de « la première fois » à la surface du « Noun » initial. Donc allusion au mythe de création. Puis ensuite nous voyons le temple proprement dit, composé de différentes salles jusqu’au sanctuaire principal. Nous parlerons de la signification des éléments de ce temple tout à l’heure quand nous parlerons des temples divins. Je vous rends attentifs au fait que ce temple est entouré de constructions diverses qui ont, chacune, une fonction. Magasins servant à la conservation des nourritures, bibliothèque pour la conservation des papyrus liturgiques…Permettez-moi de vous dire que chaque tombe de la vallée des rois avait, dans la vallée, non loin du Nil, du côté ouest, son temple de millions d’années. On voit encore les restes, en cour d’étude actuellement, du temple de Ramsès II. Celui de Hatchepsout est constitué de terrasses successives qui représentent les cours du temple divin habituel. A cette époque les rois aimaient faire représenter sur les murs de leurs temples de millions d’années les hauts faits de leur règne respectif. Par exemple Hatchepsout a fait représenter sa fameuse expédition au pays de Pount. Ramsès II a fait représenter la célèbre bataille de Qadesh, tandis que Ramsès III a fait représenter la bataille contre les philistins. Mis à part, ce que ces temples nous apprennent du point de vue théologique et politique, ils nous sont des sources pour la connaissance de l’histoire. Mais il est temps que nous passions, maintenant, à la deuxième catégorie de temples de l’Egypte Ancienne, les temples divins.

Les temples divins sont ceux qui sont dédiés aux diverses divinités de l’Egypte Ancienne. La plupart de ceux que l’on peut voir remontent soit au nouvel empire, soit à l’époque gréco-romaine. Nous allons voyager dans plusieurs de ces temples. Nous voilà devant le temple de Louxor. La partie antérieure de ce temple remonte à l’époque de Ramsès II et la deuxième partie remonte à Aménophis III. Vous voyez d’abord le pylône composé du môle ouest et du môle est. Ces deux môles représentent respectivement la chaine de montagnes libyques et la chaine de montagnes arabiques. Le soleil se lève à l’est, passe au zénith sur le temple, et se couche à l’ouest, où se trouvent les morts. Il vient illuminer les morts qui l’attendent et reprennent vie à son passage. Le culte qui est célébré quotidiennement dans le temple est celui de l’Egypte tout entière ; il assure la cohésion de l’Egypte. Le culte a donc une dimension politique. Nous verrons bientôt en quoi ce culte consiste. Mais, il y a une deuxième signification liée aux deux môles du pylône. Les textes ptolémaïques les mettent en rapport avec les déesses Isis et Nephtys, les deux sœurs du dieu Osiris que le dieu Seth, dans sa jalousie envers son frère, a mis mort en l’enfermant dans un cercueil jeté ensuite dans le Nil. Isis sa sœur et épouse a retrouvé le cadavre d’Osiris enfermé dans le tronc d’une colonne du palais du roi de Byblos et le ramène en Egypte. Seth retrouve le cadavre et le partage en de nombreux morceaux dispersés à travers le pays. Isis les retrouve, les réunit, bat des ailes sur le cadavre reconstitué après avoir fait des lamentations, ainsi Osiris devient le premier-né des occidentaux, l’occident étant le lieu où se trouvent les morts le soleil s’y couche chaque soir. C’est ce symbolisme aussi que représentent les deux môles du pylône. Isis et Nephtys se lamentent sur Osiris. Le symbolisme est fort. De même qu’Osiris revient à la vie dans l’au-delà, par le culte c’est l’équilibre cosmique établi « lors de la première fois » qui est assuré.

Devant le temple de Louxor se trouve un obélisque. A l’origine il y en avait deux. L’autre se trouve aujourd’hui à Paris, sur la place de la Concorde. La signification des obélisques est claire. Ils sont un rappel d’un mythe de la création. Selon ce mythe, une pierre serait sortie, au commencement, du « Noun » initial, cette vaste étendue d’eau. Le soleil s’y serait posé et, de là, il aurait organisé ce qui était en désordre. De là serait née l’Egypte. Partons, maintenant à Dendara où se trouve un temple de l’époque gréco-romaine. Nous allons pénétrer dans le temple en suivant quatre salles au symbolisme puissant. D’abord la salle hypostyle, que les égyptiens appelaient « salle qui est en avant », car elle précédait les salles suivantes qui sont importantes. Cette salle hypostyle est, comme son nom le dit, faite de colonnes qui soutiennent le plafond. Nous devrions nous y arrêter longtemps, mais nous ne pouvons pas tout dire, nous allons de ce fait à l’essentiel. Ces colonnes sont recouvertes, comme les murs d’ailleurs, de tableaux d’offrandes décrivant les phases des cultes quotidiens ou de fête. On y voit le roi faisant offrande devant une divinité. A Dendara, la divinité est la déesse Hathor, forme de la déesse Isis, la mère du dieu Horus. Ce sur quoi j’attire l’attention concernant ces colonnes, c’est leur forme végétale ; on y voit dessinés des feuilles de papyrus, de lotus ou d’autres végétaux. Cet ensemble donne l’impression, et cela est voulu, du fourré initial de Chemnis où Isis enceinte a mis au monde son fils le dieu Horus afin de le protéger des fureurs du dieu Seth qui a tué Osiris.

Cette salle hypostyle est donc un rappel de ce mythe dont le but est la proclamation de la pérennité de la royauté car le roi est toujours « fils d’Horus ». Nous retrouvons en ce fait la dimension politique du culte de l’Egypte Ancienne. Pénétrons, maintenant dans la salle suivante. Elle porte le nom de « salle d’apparition ». Ce nom lui vient du fait suivant : lors d’une grande fête célébrée à Edfou durant l’année, la déesse de Dendara, Hathor, quittait son temple et montait trouver le dieu Horus. Cette fête portait le nom de « fête de la bonne réunion ». D’ailleurs l’arrivée de la déesse Hathor à Edfou et son départ, après la célébration de la fête, sont magnifiquement représentés sur le soubassement du mur sud/ouest de la cour du temple d’Edfou. Revenons à la « salle d’apparition de Dendara » ! La statue de la divinité, en Egypte, était invisible aux yeux des gens. Seul le prêtre qui ouvrait le naos pouvait contempler son visage. Cette statue, pour la « fête de la bonne réunion » à Edfou, quittait le temple de Dendara, portée par des prêtres sur une barque sacrée. Au moment où elle arrivait dans la salle d’apparition, les gens réunis, exceptionnellement pour cette fête, dans la cour du temple, pouvaient voir de loin le naos de la divinité. De là le nom de « salle d’apparition ». Nous n’avons pas le temps, malheureusement, de nous arrêter et de contempler, voire de déchiffrer les textes des tableaux d’offrande qui recouvrent les murs de cette salle, comme, d’ailleurs de toutes les salles du temple. Ce sont eux qui nous permettent d’entrer dans la subtilité des phases des cultes quotidiens et de fêtes. Mais nous en connaissons, maintenant, la signification : il s’agit d’assurer l’équilibre cosmique et surtout celui de l’Egypte et de la royauté. La salle suivante porte le nom de « salle des offrandes ». Il faut s’imaginer cette salle encombrée de tables d’offrandes dédiées aux diverses divinités. Ces divinités, pour vivre ont besoin de manger et de boire. Des mets et des liquides qu’elles absorbent elles ne prennent que la partie spirituelle, la partie matérielle étant, nous l’avons déjà dit, distribuée aux prêtres. La salle qui suit porte le nom de « salle de l’ennéade ». Ce mot est un rappel du mythe de création d’Héliopolis. En cette ville le dieu Atoum est le dieu fondamental. Ce mot signifie la totalité, la perfection. Ce dieu tire de lui Shou (divinité masculine signifiant la lumière) et Tefnout (divinité féminine signifiant l’humidité) ; ce couple donne naissance à la terre, Geb (divinité masculine) et à la voûte céleste (Nout, divinité féminine). Les enfants de ce couple sont Osiris et Isis puis Seth et Nephtys. Nous reconnaissons deux types de divinités dans cette ennéade. D’abord les cinq premières qui veulent donner une explication de l’origine du tout ; puis les quatre dernières divinités qui veulent répondre à la question de ce que nous devenons dans la mort. La « re-vie » d’Osiris dans l’au-delà veut être une réponse à cette question. Tandis que la présence de Seth qui a tué son frère Osiris aborde le problème de la coexistence du bien, représenté par Osiris, et du mal, représenté par Seth. Comme nous le voyons, ces mythes abordent les problèmes constants de l’existence humaine et ils essaient d’y donner des réponses. Cette salle est donc d’une très grande importance. Bien évidemment, on y trouve encore d’autres divinités que les neuf que nous venons de mentionner. Leur nombre peut monter jusqu’à treize ou quatorze ou plus … cette salle s’appellera toujours « salle de l’ennéade ». Enfin nous arrivons dans la salle la plus importante du temple, le sanctuaire. C’est une salle indépendante dans le temple. Il a ses propres murs, son propre plafond et toit. Il est le dernier écho du temple prédynastique, fait de branchages et dans lequel se trouvait le naos, où se trouvait la statue de la divinité. Chaque matin le prêtre principal entrait dans le temple ; il pénétrait dans le sanctuaire ouvrait le naos, que les égyptiens appelait « kar ». Il contemplait la face de la divinité, la sortait de son naos, la déshabillait, la lavait, la rhabillait et lui donnait à manger. Ces gestes étaient accompagnés de prières diverses et d’hymnes chantés. Ce rituel était répété de manière plus simple à midi et de nouveau le soir au moment du coucher du soleil, afin de chasser du temple tout influence mauvaise représentée par le dieu Seth ou encore le serpent Apophis. Ce culte était célébré avec grande solennité les jours de fête. De plus un deuxième prêtre passait devant toutes les représentations des dieux afin de les encenser ; ce rite avait pour but de protéger les statues divines de toute mauvaise influence, car, comme les humains, les dieux de l’Egypte Ancienne, sont vulnérables.

Pour être complet, nous devrions nous arrêter dans toutes les nombreuses petites salles qui entourent chacune des salles que nous venons de visiter. Ceci nous conduirait trop loin. Je signale, néanmoins, la salle des parfums où étaient conservés des huiles essentielles utilisées pour le culte, la bibliothèque, où se trouvaient déposés les textes liturgiques ainsi que les textes anciens qui provenaient du temps du dieu. Les Egyptiens faisaient remonter leur culte et leurs textes aux temps anciens qu’ils appellent le temps des dieux.

Permettez-moi, de vous parler également de la fête du Nouvel-an, célébrée au moment de l’apparition de l’inondation, le 19 juillet. La célébration de cette fête débutait dans une salle qui se trouve à droite de la salle des offrandes. Cette salle porte le nom de « salle pure ». Le plafond de cette salle nous donne déjà le sens de la fête. Il s’agit d’assurer par le rite le passage en douceur d’une année à l’autre, car tout passage est dangereux. Tous les rites de la fête vont donc viser cet objectif, l’équilibre cosmique. Le plafond de cette salle représente une déesse Nout (la voûte céleste) ; cette déesse avale le disque solaire qui voyage durant la nuit dans son ventre pour être mis au monde le matin sur le temple de Dendara, habitation terrestre de la divinité. Le symbolisme cosmique est évident. Puis, ensuite, dans cette même salle une statue de la divinité sera coiffée de diverses couronnes les unes après les autres (couronne de Haute Egypte, de Basse Egypte, et d’autres encore. Le symbolisme de ces gestes est toujours le même, assurer l’équilibre cosmique, car les couronnes sont divines. Ensuite on va quitter cette salle et monter jusque sur le toit par un escalier sombre. De là, la procession va se rendre dans un kiosque au sud-ouest de la terrasse du toit, où la déesse sera exposée aux premiers rayons du soleil pour un rite appelé « rite de l’union au disque ». Par ce rite c’est l’équilibre cosmique qui est assuré, car les rayons du soleil ont touché le corps de la statue. L’Egypte est assurée de vivre en paix pour une année ; et le rite recommencera l’année suivante. Une fois ces cérémonies terminées, la procession redescend dans le temple par un long escalier qui arrive à la hauteur de la salle des offrandes du côté est. Il faudrait parler également de la fête d’Osiris au mois de Khoïak (mois égyptien à cheval sur nos mois d’octobre et novembre) ; cette fête commémore le drame de la mort d’Osiris tué par son frère Seth et rappelé à la vie par son épouse Isis dont nous avons parlé tout à l’heure. Le sens de cette fête, comme celle du nouvel-an, est toujours le même. Il s’agit d’assurer l’équilibre cosmique, la royauté et son fonctionnement. J’insiste sur ce fait : comme avez pu le constater au cour de cette conférence, la religion égyptienne n’a pas de point commun avec le judéo-christianisme. Son but est essentiellement politique. Il s’agit de donner une base théorique à l’édifice politique dont le cœur est la royauté. Les mythes et le culte dans le temple visent cette finalité. Mais en même temps, ces mythes sont porteurs des grandes questions que se pose la conscience humaine concernant l’existence du mal, le problème de la mort et celui d’une vie après la mort. Lié à ce questionnement humain, l’Egypte Ancienne va développer une éthique, exprimée dans les nombreux textes de sagesse, dont les sentences encouragent à une droiture de vie, à la justice. Il ne faut en aucun cas tuer un autre homme, dit un vieux texte qui vient de l’ancien empire, car les humains constituent « le troupeau de dieu ».
J’ai essayé, au cours de cette conférence, de vous présenter l’essentiel de la théologie du temple égyptien et du culte qui y était célébré. Je suis bien conscient, pourtant, de n’avoir qu’effleuré le sujet …